Une usurpation identitĂ© contre la CoopĂ©rative U a Ă©tĂ© traitĂ©e dans la dĂ©cision UDRP D2026-2470. Elle montre comment un faux nom de domaine peut servir Ă prĂ©parer une fraude par courrier Ă©lectronique. Dans cette affaire, un tiers a enregistrĂ© <cooperatives-u.com> afin dâusurper lâidentitĂ© du groupe CoopĂ©rative U et dâun de ses salariĂ©s.
Le RequĂ©rant est CoopĂ©rative U. Câest un groupement français coopĂ©ratif de commerçants intervenant dans le domaine de la grande distribution. Le RequĂ©rant exploite des chaĂźnes de supermarchĂ© partout en France sous une sĂ©rie dâenseignes telles que SUPER U, HYPER U, MARCHĂ U et SYSTĂME U. La notoriĂ©tĂ©, particuliĂšrement en France, du RequĂ©rant et de ses diffĂ©rentes marques et enseignes est documentĂ©e dans le cadre de cette procĂ©dure UDRP.
Usurpation identité Coopérative U : un nom de domaine créé pour une fraude
Le nom de domaine litigieux est <cooperatives-u.com>. Il a été enregistré le 12 janvier 2026.
Rapidement, plusieurs Ă©lĂ©ments ont alertĂ© CoopĂ©rative U. En effet, le nom de domaine reprenait une partie essentielle de son identitĂ© commerciale. De plus, il permettait de crĂ©er des adresses Ă©lectroniques proches de celles dâune vĂ©ritable entreprise.
La levĂ©e dâanonymat rĂ©alisĂ©e aprĂšs le dĂ©pĂŽt de la plainte a rĂ©vĂ©lĂ© une situation particuliĂšre. Les coordonnĂ©es du DĂ©fendeur correspondaient au patronyme dâun employĂ© du RequĂ©rant.
Cependant, cet employé a confirmé que son identité avait été usurpée.
Le DĂ©fendeur a Ă©galement configurĂ© des serveurs de messagerie, appelĂ©s MX. Cette configuration permettait dâutiliser le nom de domaine litigieux comme outil de messagerie. La dĂ©tection de l’utilisation de mails associĂ©s Ă un nom de domaine litigieux peut ĂȘtre rĂ©alisĂ© par un monitoring SecURL Âź.
Ainsi, lâauteur pouvait envoyer des courriels avec une adresse utilisant @cooperatives-u.com. Cette technique renforce fortement la crĂ©dibilitĂ© dâune attaque par hameçonnage.
La Commission administrative relÚve ensuite que le Défendeur a adressé des courriels à des fournisseurs habituels du Requérant.
Ces messages utilisaient lâidentitĂ© de CoopĂ©rative U et celle de son salariĂ©. Leur objectif Ă©tait manifestement frauduleux.
Le RequĂ©rant a tentĂ© plusieurs dĂ©marches auprĂšs de lâUnitĂ© dâenregistrement afin de neutraliser le domaine et de dĂ©sactiver les services de messagerie. Toutefois, ces dĂ©marches sont restĂ©es sans succĂšs.
CoopĂ©rative U a donc dĂ©cidĂ© dâengager une procĂ©dure UDRP auprĂšs du Centre dâarbitrage et de mĂ©diation de lâOMPI.
Une procĂ©dure UDRP menĂ©e en français devant lâOMPI
La plainte a été déposée en français le 8 juin 2026.
Le contrat dâenregistrement du nom de domaine litigieux Ă©tait pourtant rĂ©digĂ© en anglais. Toutefois, CoopĂ©rative U a demandĂ© que le français soit retenu comme langue de procĂ©dure.
Plusieurs arguments ont justifié cette demande.
Tout dâabord, le RequĂ©rant est une sociĂ©tĂ© française. Il exerce Ă©galement ses activitĂ©s depuis la France.
Ensuite, les informations communiquĂ©es par lâUnitĂ© dâenregistrement indiquaient que le DĂ©fendeur Ă©tait localisĂ© en France. Les donnĂ©es RDAP mentionnaient notamment le code ISO-3166 FR.
Par ailleurs, le Défendeur avait communiqué un numéro de téléphone correspondant à la numérotation française. Il avait également indiqué une adresse postale située en France.
Enfin, un élément supplémentaire a été déterminant. Le Défendeur avait utilisé la langue française dans un courriel frauduleux envoyé depuis une adresse créée avec le nom de domaine litigieux.
La Commission administrative a donc considéré que les principaux facteurs de rattachement concernaient la France. Elle a ainsi accepté que la procédure se déroule en français.
Une marque COOPERATIVE U clairement reprise dans le domaine litigieux
Coopérative U dispose de droits sur plusieurs marques, dont :
- la marque française COOPERATIVE U, enregistrée sous le numéro 5038372 le 13 mars 2024 ;
- la marque française COOPERATIVE U semi-figurative, enregistrée sous le numéro 5038369 le 13 mars 2024.
La premiĂšre condition de lâUDRP concerne la similitude entre la marque et le nom de domaine.
Sur ce point, la Commission administrative nâa pas hĂ©sitĂ©.
Elle estime que la marque COOPERATIVE U est reconnaissable dans le nom de domaine <cooperatives-u.com>.
La présence du terme au pluriel « coopératives » ne change pas cette analyse.
Ainsi, la Commission considĂšre que le nom de domaine litigieux est similaire au point de prĂȘter Ă confusion avec la marque du RequĂ©rant.
La premiĂšre condition des Principes directeurs UDRP est donc remplie.
Un usage frauduleux excluant tout droit légitime
La Commission administrative examine ensuite lâexistence Ă©ventuelle de droits ou dâintĂ©rĂȘts lĂ©gitimes du DĂ©fendeur.
Cependant, aucun Ă©lĂ©ment nâa Ă©tĂ© fourni en ce sens.
Le DĂ©fendeur nâa pas rĂ©pondu Ă la plainte. Il nâa donc pas dĂ©montrĂ© un quelconque intĂ©rĂȘt lĂ©gitime sur ce nom de domaine.
Au contraire, lâutilisation du domaine pour envoyer des courriels frauduleux exclut tout droit lĂ©gitime.
La Commission rappelle quâun nom de domaine utilisĂ© pour une activitĂ© illĂ©gale, comme lâusurpation dâidentitĂ© ou le phishing, ne peut jamais crĂ©er un intĂ©rĂȘt lĂ©gitime.
De plus, le nom de domaine prĂ©sente un risque dâaffiliation implicite avec CoopĂ©rative U.
Un fournisseur pouvait donc croire quâil Ă©changeait rĂ©ellement avec le groupe.
Une mauvaise foi caractĂ©risĂ©e par lâusurpation dâidentitĂ©
La troisiĂšme condition de lâUDRP concerne lâenregistrement et lâutilisation de mauvaise foi.
Dans cette affaire, la Commission administrative constate plusieurs éléments aggravants.
Dâune part, le DĂ©fendeur a enregistrĂ© un nom de domaine quasi identique Ă la raison sociale et Ă la marque du RequĂ©rant.
Dâautre part, il a utilisĂ© le patronyme usurpĂ© dâun salariĂ© de CoopĂ©rative U.
Enfin, il a utilisĂ© le domaine comme adresse Ă©lectronique afin dâusurper lâidentitĂ© du groupe et de son employĂ©.
Lâobjectif Ă©tait clair : tenter dâobtenir des paiements frauduleux auprĂšs dâun fournisseur habituel de CoopĂ©rative U.
La Commission administrative reprĂ©sentĂ©e par l’expert OMPI William Lobelson considĂšre donc que le DĂ©fendeur a cherchĂ© Ă abuser de la confiance de ce fournisseur.
Elle conclut que lâenregistrement et lâutilisation du nom de domaine rĂ©sultent dâune mauvaise foi manifeste.
En conséquence, elle ordonne le transfert de <cooperatives-u.com> au profit de Coopérative U.
LâUDRP, un outil efficace contre lâusurpation numĂ©rique
Cette dĂ©cision illustre une nouvelle fois lâintĂ©rĂȘt de lâUDRP face aux attaques utilisant les noms de domaine.
Aujourdâhui, les fraudeurs ne cherchent plus uniquement Ă copier un site Internet. Ils utilisent aussi les noms de domaine pour crĂ©er de fausses adresses Ă©lectroniques.
Lâobjectif est souvent de tromper des clients, des fournisseurs ou des partenaires.
CoopĂ©rative U utilise Ă©galement rĂ©guliĂšrement la procĂ©dure UDRP contre des noms de domaine frauduleux, comme dans cette affaire dâusurpation visant les magasins U.
Dans cette ancienne affaire et dans celle prĂ©sentĂ©e dans cet article, le cabinet PLASSERAUD IP Avocats a reprĂ©sentĂ© CoopĂ©rative U avec succĂšs devant lâOMPI.
La dĂ©cision D2026-2470 rappelle enfin un principe essentiel : la surveillance des noms de domaine proches dâune marque reste indispensable pour dĂ©tecter rapidement une usurpation identitĂ© contre la coopĂ©rative U ou toute autre tentative de fraude numĂ©rique.




